Banlieue nord-américaine
Catégorie : clinique géomentale
Mots-clés : rive-sud, banlieues, Montréal, polytoxicomanies, image, panique, histoire, phobies, psychiatrie, burn out, espace, angoisses
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La rive-sud de Montréal, banlieue nord américaine où j'exerce actuellement, a elle aussi ses symptômes propres. Ils traduisent la vulnérabilité générale des banlieues face aux bouleversements qui depuis cinquante ans, universellement les frappent. Les défaillances et les effondrements individuels rencontrent des espaces résidentielles en rupture d'histoire, soumis aux aléas de leur image. La banlieue captive de ses représentations est devenu une TV Land, où la réalité rattrape parfois violemment les fictions.
Mon parcours transterritorial et transatlantique m'a convaincu que contrairement à une idée couramment admise, les espaces ne sont pas neutres, inertes et transparents, mais au contraire, présents et actifs dans notre vie mentale. L'espace peut intervenir comme prétexte, élément déclencheur ou scène dramatique dans l'expression d'émotions aussi puissantes que disparates. L'actualité nous indique qu'insécurisés, ils sont capables de provoquer de véritables psychoses collectives virant parfois en cauchemars tragiques ou en farce politique. Il peut aussi devenir opaque, agressif, capable de stigmatisation et d'exclusion.
C'est sont ces marges que les premières lignes psychiatriques accueillent : pauvres, immigrants, squatters, fugueurs, itinérants… À ces habitués pour lesquels traditionnellement, l'insertion dans l'espace fait problème se joignent désormais de nouveaux arrivants, autrefois mieux ancrés : personnes âgées, jeunes désœuvrés, employés sous pression, cadres d'entreprise en perte de vitesse, malades mentaux désinstitutionnalisés. Une fatalité spatiale bien contemporaine frappant partout et toujours les plus sensibles.
Les troubles eux-mêmes sont eux mêmes en pleine redéfinition : thématiques délirantes, micro psychoses, ruminations et tentatives suicidaires, violences multiformes, polytoxicomanies, descentes de speed, solitudes extrêmes ou errance. En prime : états de panique, phobies, angoisses et burn out pour les mieux accrochés. Le plus souvent, c'est le corps qui transmet le message. Orphelin de mots, il se conjugue avec l'espace pour exprimer une souffrance que la parole est incapable de symboliser. On assiste à des réaménagements majeurs sur les avant-scènes cliniques contemporaines. En toile de fond, des environnements devenus incertains : nervosité des centres-villes, isolement des banlieues et des régions, ségrégations religieuses où ethniques, violence des guerres et des catastrophes naturelles. Toutes ces altérations spatiales entraînent chez de nombreuses personnes une fragilisation des repères territoriaux et génèrent parfois une sensation de vide dont l'issue peut être fatale. La clientèle comme les troubles recensés, indiquent clairement la place grandissante d'effets spatiaux dans le champ psychiatrique.
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