Information télévisée : délation en direct et exécution publique.

 

Catégorie : prises de position

Mots-clés : médias, journalisme

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Participant à un meeting lorsque j'étais étudiant, nous avions repéré un policier en civil que nous avons traqué dans les bois. La réunion se tenait la nuit, à l'extérieur. Nous l'avons ensuite appréhendé et fouillé. Il portait sur lui non seulement une carte de policier mais aussi, une carte de presse officielle ayant un nom d'emprunt. Fort de ce butin, nous avions immédiatement pris contact avec des journalistes contestataires sympathisants et les deux cartes se retrouvèrent rapidement en bonne place dans quelques hebdomadaires influents. Ainsi, pour la bonne cause, nous avions livré au public l'image et l'honneur d'un homme, notre semblable, pour un délit bien démesuré par rapport à la cruauté d'un tel châtiment.

 

Vendredi soir, cette vieille histoire de délation m'est revenue à l'esprit avec ses relents de malaise. Au Téléjournal de Radio-Canada, des journalistes, caméra au poing, traquent puis surprennent un huissier qui avait placé sur sa propre voiture un sabot de Denver, prérogative de sa fonction, pour aller manger tranquillement. Interrogé publiquement sans même en avoir été averti, confondu par ces images absentes de toute considération humaine, il fut dénoncé à ses supérieurs. La chute du reportage nous apprend qu'il a dû démissionner, perdant ainsi son emploi et sans doute, une part de sa réputation. Cette nouvelle, annoncée en primeur, n'a eu que peu d'échos dans la presse écrite, sinon une brève dans Le Devoir. Tout le monde n'a pas l'infortune de s'appeler Clinton...

Au-delà de ma sensibilité peut-être excessive à une intimité violée, ce fait divers érigé en scandale pour belles âmes indique le chemin parcouru en quelques décennies. Ce ne sont plus les policiers qui pour dissimuler leur identité, utilisent des cartes de presse, mais des journalistes qui opèrent. D'abord enquêteurs de police matérialisant le délit et interrogeant en direct, ils s'improvisent ensuite procureur jugeant sur la place publique et veillent enfin à l'exécution de la peine, le tout bouclé en quelques heures.

L'immunité journalistique permet-elle aujourd'hui des pratiques de lynchage médiatique hors de toute limite ou contrôle juridique et de tout scrupule éthique? Devra-t-on maintenant se cacher des médias pour prendre quelques dérisoires et illicites libertés afin de s'affranchir un instant des rigueurs de la vie ?

 

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