Archives du mot-clé : Espace
Flirter avec l’infini
Catégorie : clinique géomentale
Travail préparatoire pour une agence de publicité. L'objectif : établir un profil psychologique domiciliaire.
Habiter dans un penthouse, c’est échapper à la gravité, c’est camper au sommet d’un village vertical directement connecté sur les voies célestes de communications planétaires actuelles, proche des hauts buildings du centre-ville, totems identitaires des civilisations urbaines. Avec les penthouses de la nouvelle génération, c’est une vue directe sur le village global d’un côté, et de l’autre, le glamour rassurant du sky-line de la cité.
Le voyage : psychose et transterritorialité.
Catégorie : clinique géomentale
Publié dans la revue Empan, No 54, juin 2004.
L'expérience de psychiatrie nomade dont je vous propose le récit est celle d'un échange transcontinental entre deux groupes de jeunes adultes ayant vécus au moins une décompensation psychotique, l'un venant de Normandie en France, l'autre d'Abitibi, au Québec, où je pratique. Avec deux intervenants qui comme l'ensemble du groupe n'avaient jamais voyagé en Europe, j'ai participé au cours des années 90 à l'organisation et à la réalisation de ce voyage proposé par l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Cette offre s'inscrivait dans les objectifs de notre groupe qui se réunissait chaque semaine depuis deux ans ; il visait à rompre l'isolement de ces jeunes urbains et à créer dans leur cité minière un réseau de solidarité capable de les mobiliser. Le projet a été accueilli avec enthousiasme par le groupe.
D’un séisme à l’autre
Catégorie : prises de position
Vu de loin, le printemps français avec ses allures de réplique sismique évoque étrangement pour moi l'automne américain. Bien sur, comparaison n'est pas raison. Et pourtant. D'abord, la même surprise de l'événement, violence du choc, disparition d'éléments hautement symboliques dans un paysage architectural ou politique, que l'on pensait immuable. Puis, dans l'après-coup, la même sidération, le même silence, et surtout, la même mobilisation des corps pour se retrouver et continuer d'avancer.
Le code spatial
Catégorie : clinique géomentale
J'aimerais développer trois niveaux. Le premier niveau, qu'on pourrait appeler le code spatial de tout être humain. Il se développe très intimement durant la première enfance au moment où l’espace tout puissant, absolu, se confond le plus souvent avec celui de la mère. Cette confusion va cesser au moment où le sujet découvre que l'espace dans lequel il vit n'est pas unique, et qu'il est à mettre en relation avec de nombreux espaces.
Les auberges du cœur
Catégorie : prises de position
Publié dans Le Devoir, 28 février 2006
Avant que les Auberges du cœur ne se perdent dans le flot des nouvelles, j'ai ressenti le besoin, pour ne pas dire l’urgence, de me solidariser du cri d'alarme de leur porte parole, l'ancien maire Doré. Depuis une vingtaine d'années, psychiatre de première ligne dans divers contextes géographiques et sociaux, je constate une véritable explosion de pathologies mentales mutantes générées dans nos sociétés par les bouleversements d’une mondialisation en marche forcée.
Une anthropologie des paysages
Catégorie : notes de lecture
Les divers et nombreux articles contenus dans l'ouvrage que nous allons parcourir s’intéressent à l’espace. Un espace qui après quelques centaines d’années de quasi-éclipse dans la pensée occidentale revient sur le devant de la scène. Catastrophes naturelles, catastrophes écologiques, mondialisation sauvage, barbaries locales, le tout sur fond de futur incertain ou pour le moins hypothéqué, se relaient en temps réel dans l’espace différé et nomade de nos récepteurs numériques à domicile. Cette omniprésence des enjeux spatiaux hante l’imaginaire contemporain qui, de Cap Canaveral à Hollywood en passant par les sectes cherche une nouvelle utopie, un Autre cosmique rédempteur.
Biguine blues
Catégorie : urgences psychiatriques
Les urgences psychiatriques, Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. 1, p. 25-26.
L'arrivée des consultantes antillaises aux urgences est le plus souvent bruyante. Leurs cris et gestes restent insensibles aux appels au calme des amis ou des policiers qui les entourent... ou les contiennent. L' explosion initiale a eu pour cadre bureau, cantine, drugstore ou hôpital, un lieu public présenté comme dégradé au cours de la « crise de nerfs ». L'événement est immédiatement topographié.
Vers une clinique écologique
Catégorie : clinique géomentale
Depuis une vingtaine d'années, je poursuis une réflexion clinique qui vise à préciser la place et les effets du champ territorial dans la constitution et l'actualisation des structures mentales. Ce lien s'est imposé à moi, au cours de mes années d'exercice aux urgences psychiatriques parisiennes, où j'ai constaté l'actuelle transformation des rapports entre la parole, le corps et l'espace dans l'expression de la souffrance psychique. À partir des situations de crise rencontrées dans ces nouvelles cliniques de l'urgence, j'ai eu de plus le privilège d'animer des recherches trans-disciplinaires, sur la formalisation spatiale du symptôme. Nous avons pu ainsi individualiser des entités cliniques urbaines spécifiques qui en actualisant la présence d'un véritable langage territorial, révèlent les qualités latentes d'un environnement parisien, engagé dans leur formalisation.
Corridors d’urgence
Catégorie : urgences psychiatriques
Récit d'un Noël de garde aux urgences psychiatriques de l'Hôpital Lariboisière, à Paris, au début des années 80. Quarante-huit heures au cours desquelles se succède la litanie des laissés pour compte. Le contact avec les exclus de la Cité - clochards, immigrants, pauvres, fugueurs, junkies - révèle le rôle déterminant que joue l'espace dans l'émergence et l'expression du trouble psychique, qu'il soit chronique ou sans lendemain. Au moment où les capitales deviennent des métropoles, les urgences, à fleur de ville, enregistrent les impacts individuels d'une géographie urbaine en pleine redéfinition.
L’espace comme catégorie de soin
Catégorie : clinique géomentale
Les urgences psychiatriques, Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. II, p. 58-62.
Les premiers pas d'un praticien aux urgences ne sont pas sans péril. Tout menace de ruine un psychiatre : les passages rapides et divers des consultants, leur provenance et leur destination incertaines, la multitude des intervenants sur un même cas, avec leurs demandes contradictoires et la tonalité généralement sombre, parfois violente, de ces éphémères rencontres . Ainsi, face à des situations complexes, avec mutisme ou affaissement, flot verbal ou agitation, le psychiatre va devoir lentement se constituer sa propre grille d'approche.
Psychiatrie : le choc spatial.
Catégorie : clinique géomentale
Publié sur www.laspirale.org, www.cyberpresse.ca
A New York, ville pourtant familière avec toutes les peurs de la modernité, les prescriptions de somnifères et d'anxiolytiques grimpent, la population continue d'être inquiète. Tout semble à la fois pareil et différent. Le choc du 11 septembre et l'insécurité environnementale ont généré ce que les médias nomment une véritable psychose spatiale. Pour la psychiatrie contemporaine, cette réaction confirme l'influence grandissante des problématiques territoriales dans les modalités de production et d'expression du mental. La fragilisation du territoire nord américain démontre sous nos yeux et en temps réel comment l'espace peut être impliqué dans la production massive d'unités cliniques. Ce drame dévoile les qualités et l'impact d'un langage territorial dont nous mesurons depuis quelques années les effets de manière individuelle et isolée dans notre pratique psychiatrique.
Psycho-Police
Catégorie : urgences psychiatriques
Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. II, p. 30-31.
J.-D. Leccia : Pouvez-vous raconter une intervention auprès d'une personne en état d'urgence ?
Le voyage - Tracés d’enfance
Catégorie : récits
Rivista Corsica Meditenareu, No 5, 1984, p. 1 -9.
Le village apparaissait enfin, accroché à flanc de montagne. La route s'engageait dans l'ultime vallée aveugle. Il allait disparaître encore un instant. Le voyage touchait à son terme. Nous avions refusé les sollicitations d'univers qui auraient pu distraire notre tension vers ce lieu qui maintenant allait se dessiner dans le soir naissant.
Étrangers et espace public
Catégorie : clinique géomentale
URBA, No216, novembre 1986.
L'espace public a-t-il un sens commun ? La clinique psychiatrique d'urgence, en prise directe sur la ville, suscite cette interrogation. L'expérience commune des consultantes étrangères nombreuses - crises explosives des Antillaises, troubles corporels des Arabes - témoigne d'un malaise proprement spatial. Celui-ci révèle de manière manifeste ou latente leur insertion problématique dans des espaces publics rigoureusement codés.
Approche clinique de l’itinérance
Catégorie : clinique géomentale
Avec l'itinérant, c'est précisément la clôture comme délimitation de l'espace mais aussi comme rassemblement de sens qui fait sans cesse question. L'itinérance a sa propre dynamique qui bouleverse le discours ou l'ordre du discours qu'il souhaiterait raconter. Ce qui met en scène un itinérant, ce n'est pas une demande articulée de mots, il donne à voir, à enregistrer un trajet, pas tout à fait épuisé, mais très enrayé. Il est, tout entier, ce trajet qui lui colle à la peau et lui restitue son individualité. Qu'il le proclame ou le taise, son trajet se confond avec sa réalité géographique.
Urgences psychiatriques : regards à l’étranger.
Catégorie : urgences psychiatriques
Les urgences psychiatriques, Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. 1, p. 42-45.
La possibilité même d'observer dans diverses villes occidentales des centres d'accueil d'urgence indique leur omniprésence. Cette forme de psychiatrie, née de la guerre, s'est considérablement développée depuis une vingtaine d'années. À la faveur de discussions avec des praticiens dans divers centres urbains, on est frappé par l'uniformité des propos qu'elle suscite.
Les urgences psychiatriques
Catégorie : urgences psychiatriques
Adaptation d'un article écrit en collaboration avec Samuel Bordreuil, article publié dans Les Annales de la recherche urbaine, N0 31, Paris, 1986, pp 93-98.
Les urgences psychiatriques occupent une position singulière à la jointure de deux univers de référence : le réseau des équipements sanitaires, policier et d'assistance d'un côté; le soin psychiatrique dans la spécificité des troubles qu'il traite et des pratiques professionnelles qu'il met en oeuvre de l'autre. Le service des urgences psychiatriques tout à la fois connecte ces deux univers en même temps qu'il les sépare — grâce à sa dimension d'accueil des troubles de la ville. C'est à ce titre qu'il est un service urbain à part entière, comme tous les services qui offrent à la population la permanence d'un recours possible.
Banlieue nord-américaine
Catégorie : clinique géomentale
La rive-sud de Montréal, banlieue nord américaine où j'exerce actuellement, a elle aussi ses symptômes propres. Ils traduisent la vulnérabilité générale des banlieues face aux bouleversements qui depuis cinquante ans, universellement les frappent. Les défaillances et les effondrements individuels rencontrent des espaces résidentielles en rupture d'histoire, soumis aux aléas de leur image. La banlieue captive de ses représentations est devenu une TV Land, où la réalité rattrape parfois violemment les fictions.
Psychiatre : nouvelle assignation, agent spatial.
Catégorie : clinique géomentale
L'espace dont on parle ici, c'est l'espace tel qu'il est perceptible dans les pratiques humaines. De ce point de vue, les éléments qu'on va retenir, c'est essentiellement, dans un premier temps, les lieux et les trajets. Pour faire en sorte que cela soit bien clair, on se ramène à une expérience de l'abord d'une ville étrangère. On l'aborde généralement à partir d'un point fixe: un hôtel, une résidence d'ami, et, à partir de là, on va se donner des points de repères.
Quand le verbe se fait chair
Catégorie : prises de position
Publié dans L'Aut'Journal, en réponse à La Reine-Nègre de Victor-Lévy Beaulieu.
Lévy Beaulieu, un spécialiste émérite de la langue française n'ignorant rien de son triste héritage historique, va exhumer de ces bas-fonds le mot « nègre » dans son acception raciste, la plus honteuse la plus péjorative pour conduire le récit de l‘exécution publique d’un personnage qu'institutionnellement il combat, mais surtout une personne qu'individuellement, il déteste.
Quand la culture s’invite dans la clinique…
Catégorie : clinique géomentale
La baguette - adoucie par sa matière bois ou laque - s’oppose à notre couteau et à notre fourchette, elle refuse de couper, d’agripper, de mutiler, de percer, elle reconduit inlassablement le geste maternel de la becquée laissant a nos mœurs alimentaires armées de pics et de couteau de reconduire celui de la prédation. Roland Barthes. L'empire des signes

Habiter dans un penthouse, c’est échapper à la gravité, c’est camper au sommet d’un village vertical directement connecté sur les voies célestes de communications planétaires actuelles, proche des hauts buildings du centre-ville, totems identitaires des civilisations urbaines. Avec les penthouses de la nouvelle génération, c’est une vue directe sur le village global d’un côté, et de l’autre, le glamour rassurant du sky-line de la cité.
L'expérience de psychiatrie nomade dont je vous propose le récit est celle d'un échange transcontinental entre deux groupes de jeunes adultes ayant vécus au moins une décompensation psychotique, l'un venant de Normandie en France, l'autre d'Abitibi, au Québec, où je pratique. Avec deux intervenants qui comme l'ensemble du groupe n'avaient jamais voyagé en Europe, j'ai participé au cours des années 90 à l'organisation et à la réalisation de ce voyage proposé par l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Cette offre s'inscrivait dans les objectifs de notre groupe qui se réunissait chaque semaine depuis deux ans ; il visait à rompre l'isolement de ces jeunes urbains et à créer dans leur cité minière un réseau de solidarité capable de les mobiliser. Le projet a été accueilli avec enthousiasme par le groupe.
J'aimerais développer trois niveaux. Le premier niveau, qu'on pourrait appeler le code spatial de tout être humain. Il se développe très intimement durant la première enfance au moment où l’espace tout puissant, absolu, se confond le plus souvent avec celui de la mère. Cette confusion va cesser au moment où le sujet découvre que l'espace dans lequel il vit n'est pas unique, et qu'il est à mettre en relation avec de nombreux espaces.
Les divers et nombreux articles contenus dans l'ouvrage que nous allons parcourir s’intéressent à l’espace. Un espace qui après quelques centaines d’années de quasi-éclipse dans la pensée occidentale revient sur le devant de la scène. Catastrophes naturelles, catastrophes écologiques, mondialisation sauvage, barbaries locales, le tout sur fond de futur incertain ou pour le moins hypothéqué, se relaient en temps réel dans l’espace différé et nomade de nos récepteurs numériques à domicile. Cette omniprésence des enjeux spatiaux hante l’imaginaire contemporain qui, de Cap Canaveral à Hollywood en passant par les sectes cherche une nouvelle utopie, un Autre cosmique rédempteur.
Depuis une vingtaine d'années, je poursuis une réflexion clinique qui vise à préciser la place et les effets du champ territorial dans la constitution et l'actualisation des structures mentales. Ce lien s'est imposé à moi, au cours de mes années d'exercice aux urgences psychiatriques parisiennes, où j'ai constaté l'actuelle transformation des rapports entre la parole, le corps et l'espace dans l'expression de la souffrance psychique. À partir des situations de crise rencontrées dans ces nouvelles cliniques de l'urgence, j'ai eu de plus le privilège d'animer des recherches trans-disciplinaires, sur la formalisation spatiale du symptôme. Nous avons pu ainsi individualiser des entités cliniques urbaines spécifiques qui en actualisant la présence d'un véritable langage territorial, révèlent les qualités latentes d'un environnement parisien, engagé dans leur formalisation.
Récit d'un Noël de garde aux urgences psychiatriques de l'Hôpital Lariboisière, à Paris, au début des années 80. Quarante-huit heures au cours desquelles se succède la litanie des laissés pour compte. Le contact avec les exclus de la Cité - clochards, immigrants, pauvres, fugueurs, junkies - révèle le rôle déterminant que joue l'espace dans l'émergence et l'expression du trouble psychique, qu'il soit chronique ou sans lendemain. Au moment où les capitales deviennent des métropoles, les urgences, à fleur de ville, enregistrent les impacts individuels d'une géographie urbaine en pleine redéfinition.
Les premiers pas d'un praticien aux urgences ne sont pas sans péril. Tout menace de ruine un psychiatre : les passages rapides et divers des consultants, leur provenance et leur destination incertaines, la multitude des intervenants sur un même cas, avec leurs demandes contradictoires et la tonalité généralement sombre, parfois violente, de ces éphémères rencontres . Ainsi, face à des situations complexes, avec mutisme ou affaissement, flot verbal ou agitation, le psychiatre va devoir lentement se constituer sa propre grille d'approche.
A New York, ville pourtant familière avec toutes les peurs de la modernité, les prescriptions de somnifères et d'anxiolytiques grimpent, la population continue d'être inquiète. Tout semble à la fois pareil et différent. Le choc du 11 septembre et l'insécurité environnementale ont généré ce que les médias nomment une véritable psychose spatiale. Pour la psychiatrie contemporaine, cette réaction confirme l'influence grandissante des problématiques territoriales dans les modalités de production et d'expression du mental. La fragilisation du territoire nord américain démontre sous nos yeux et en temps réel comment l'espace peut être impliqué dans la production massive d'unités cliniques. Ce drame dévoile les qualités et l'impact d'un langage territorial dont nous mesurons depuis quelques années les effets de manière individuelle et isolée dans notre pratique psychiatrique.
L'espace public a-t-il un sens commun ? La clinique psychiatrique d'urgence, en prise directe sur la ville, suscite cette interrogation. L'expérience commune des consultantes étrangères nombreuses - crises explosives des Antillaises, troubles corporels des Arabes - témoigne d'un malaise proprement spatial. Celui-ci révèle de manière manifeste ou latente leur insertion problématique dans des espaces publics rigoureusement codés.
Avec l'itinérant, c'est précisément la clôture comme délimitation de l'espace mais aussi comme rassemblement de sens qui fait sans cesse question. L'itinérance a sa propre dynamique qui bouleverse le discours ou l'ordre du discours qu'il souhaiterait raconter. Ce qui met en scène un itinérant, ce n'est pas une demande articulée de mots, il donne à voir, à enregistrer un trajet, pas tout à fait épuisé, mais très enrayé. Il est, tout entier, ce trajet qui lui colle à la peau et lui restitue son individualité. Qu'il le proclame ou le taise, son trajet se confond avec sa réalité géographique.
Les urgences psychiatriques occupent une position singulière à la jointure de deux univers de référence : le réseau des équipements sanitaires, policier et d'assistance d'un côté; le soin psychiatrique dans la spécificité des troubles qu'il traite et des pratiques professionnelles qu'il met en oeuvre de l'autre. Le service des urgences psychiatriques tout à la fois connecte ces deux univers en même temps qu'il les sépare — grâce à sa dimension d'accueil des troubles de la ville. C'est à ce titre qu'il est un service urbain à part entière, comme tous les services qui offrent à la population la permanence d'un recours possible.
La rive-sud de Montréal, banlieue nord américaine où j'exerce actuellement, a elle aussi ses symptômes propres. Ils traduisent la vulnérabilité générale des banlieues face aux bouleversements qui depuis cinquante ans, universellement les frappent. Les défaillances et les effondrements individuels rencontrent des espaces résidentielles en rupture d'histoire, soumis aux aléas de leur image. La banlieue captive de ses représentations est devenu une TV Land, où la réalité rattrape parfois violemment les fictions.
L'espace dont on parle ici, c'est l'espace tel qu'il est perceptible dans les pratiques humaines. De ce point de vue, les éléments qu'on va retenir, c'est essentiellement, dans un premier temps, les lieux et les trajets. Pour faire en sorte que cela soit bien clair, on se ramène à une expérience de l'abord d'une ville étrangère. On l'aborde généralement à partir d'un point fixe: un hôtel, une résidence d'ami, et, à partir de là, on va se donner des points de repères.
Lévy Beaulieu, un spécialiste émérite de la langue française n'ignorant rien de son triste héritage historique, va exhumer de ces bas-fonds le mot « nègre » dans son acception raciste, la plus honteuse la plus péjorative pour conduire le récit de l‘exécution publique d’un personnage qu'institutionnellement il combat, mais surtout une personne qu'individuellement, il déteste.
La baguette - adoucie par sa matière bois ou laque - s’oppose à notre couteau et à notre fourchette, elle refuse de couper, d’agripper, de mutiler, de percer, elle reconduit inlassablement le geste maternel de la becquée laissant a nos mœurs alimentaires armées de pics et de couteau de reconduire celui de la prédation. Roland Barthes. L'empire des signes