Archives du mot-clé : Psychiatrie
Le voyage : psychose et transterritorialité.
Catégorie : clinique géomentale
Publié dans la revue Empan, No 54, juin 2004.
L'expérience de psychiatrie nomade dont je vous propose le récit est celle d'un échange transcontinental entre deux groupes de jeunes adultes ayant vécus au moins une décompensation psychotique, l'un venant de Normandie en France, l'autre d'Abitibi, au Québec, où je pratique. Avec deux intervenants qui comme l'ensemble du groupe n'avaient jamais voyagé en Europe, j'ai participé au cours des années 90 à l'organisation et à la réalisation de ce voyage proposé par l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Cette offre s'inscrivait dans les objectifs de notre groupe qui se réunissait chaque semaine depuis deux ans ; il visait à rompre l'isolement de ces jeunes urbains et à créer dans leur cité minière un réseau de solidarité capable de les mobiliser. Le projet a été accueilli avec enthousiasme par le groupe.
Tradition, modernisme et nouvelle prostitution
Catégorie : entrevues
L'actualité médicale, Vol. 25, N0 24, 16 juin 2004.
« La prostitution répond à d'autres motivations que le simple désir d'un échange sexuel, qui en demeure le prétexte », note le Dr Jean-Dominique Leccia. Médecin psychiatre à Rouyn Noranda et à Châteauguay, le Dr Leccia, professeur adjoint de psychiatrie à McGill, a longtemps travaillé aux urgences psychiatriques parisiennes, entre autres à Pigalle, auprès des prostituées. Selon lui, la prostitution est un bon indicateur de l'état des relations hommes/femmes, dont elle est la part secrète. Le médecin limite sa réflexion aux seuls échanges entre des adultes consentants. L'actualité médicale l'a rencontré.
Les auberges du cœur
Catégorie : prises de position
Publié dans Le Devoir, 28 février 2006
Avant que les Auberges du cœur ne se perdent dans le flot des nouvelles, j'ai ressenti le besoin, pour ne pas dire l’urgence, de me solidariser du cri d'alarme de leur porte parole, l'ancien maire Doré. Depuis une vingtaine d'années, psychiatre de première ligne dans divers contextes géographiques et sociaux, je constate une véritable explosion de pathologies mentales mutantes générées dans nos sociétés par les bouleversements d’une mondialisation en marche forcée.
Une anthropologie des paysages
Catégorie : notes de lecture
Les divers et nombreux articles contenus dans l'ouvrage que nous allons parcourir s’intéressent à l’espace. Un espace qui après quelques centaines d’années de quasi-éclipse dans la pensée occidentale revient sur le devant de la scène. Catastrophes naturelles, catastrophes écologiques, mondialisation sauvage, barbaries locales, le tout sur fond de futur incertain ou pour le moins hypothéqué, se relaient en temps réel dans l’espace différé et nomade de nos récepteurs numériques à domicile. Cette omniprésence des enjeux spatiaux hante l’imaginaire contemporain qui, de Cap Canaveral à Hollywood en passant par les sectes cherche une nouvelle utopie, un Autre cosmique rédempteur.
Corridors d’urgence
Catégorie : urgences psychiatriques
Récit d'un Noël de garde aux urgences psychiatriques de l'Hôpital Lariboisière, à Paris, au début des années 80. Quarante-huit heures au cours desquelles se succède la litanie des laissés pour compte. Le contact avec les exclus de la Cité - clochards, immigrants, pauvres, fugueurs, junkies - révèle le rôle déterminant que joue l'espace dans l'émergence et l'expression du trouble psychique, qu'il soit chronique ou sans lendemain. Au moment où les capitales deviennent des métropoles, les urgences, à fleur de ville, enregistrent les impacts individuels d'une géographie urbaine en pleine redéfinition.
L’espace comme catégorie de soin
Catégorie : clinique géomentale
Les urgences psychiatriques, Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. II, p. 58-62.
Les premiers pas d'un praticien aux urgences ne sont pas sans péril. Tout menace de ruine un psychiatre : les passages rapides et divers des consultants, leur provenance et leur destination incertaines, la multitude des intervenants sur un même cas, avec leurs demandes contradictoires et la tonalité généralement sombre, parfois violente, de ces éphémères rencontres . Ainsi, face à des situations complexes, avec mutisme ou affaissement, flot verbal ou agitation, le psychiatre va devoir lentement se constituer sa propre grille d'approche.
Mort et suicide
Catégorie : clinique géomentale
Publié dans Frontières, Volume 15, N0 1, automne 2002.
J'ai passé les premières années de ma vie au 5e étage d'un immeuble de la banlieue parisienne. Du balcon, je regardais sur la route du cimetière passer quotidiennement les catafalques fleuris tirés par des chevaux diversement harnachés, puis les modernes corbillards plus ou moins clinquants. Dernier hommage d'une foule dense ou rachitique, ces cérémonies ont été rapidement sacrifiées au triomphe envahissant de l'automobile. Dans les métropoles, l'heure des enterrements express venait de sonner pour le commun des mortels, et les rites funéraires, hormis ceux réservés aux puissants, disparaissaient du domaine public.
Psychiatrie : le choc spatial.
Catégorie : clinique géomentale
Publié sur www.laspirale.org, www.cyberpresse.ca
A New York, ville pourtant familière avec toutes les peurs de la modernité, les prescriptions de somnifères et d'anxiolytiques grimpent, la population continue d'être inquiète. Tout semble à la fois pareil et différent. Le choc du 11 septembre et l'insécurité environnementale ont généré ce que les médias nomment une véritable psychose spatiale. Pour la psychiatrie contemporaine, cette réaction confirme l'influence grandissante des problématiques territoriales dans les modalités de production et d'expression du mental. La fragilisation du territoire nord américain démontre sous nos yeux et en temps réel comment l'espace peut être impliqué dans la production massive d'unités cliniques. Ce drame dévoile les qualités et l'impact d'un langage territorial dont nous mesurons depuis quelques années les effets de manière individuelle et isolée dans notre pratique psychiatrique.
Urgences psychiatriques : regards à l’étranger.
Catégorie : urgences psychiatriques
Les urgences psychiatriques, Éditions médicales SPECIA, Paris, 1986, Vol. 1, p. 42-45.
La possibilité même d'observer dans diverses villes occidentales des centres d'accueil d'urgence indique leur omniprésence. Cette forme de psychiatrie, née de la guerre, s'est considérablement développée depuis une vingtaine d'années. À la faveur de discussions avec des praticiens dans divers centres urbains, on est frappé par l'uniformité des propos qu'elle suscite.
Les urgences psychiatriques
Catégorie : urgences psychiatriques
Adaptation d'un article écrit en collaboration avec Samuel Bordreuil, article publié dans Les Annales de la recherche urbaine, N0 31, Paris, 1986, pp 93-98.
Les urgences psychiatriques occupent une position singulière à la jointure de deux univers de référence : le réseau des équipements sanitaires, policier et d'assistance d'un côté; le soin psychiatrique dans la spécificité des troubles qu'il traite et des pratiques professionnelles qu'il met en oeuvre de l'autre. Le service des urgences psychiatriques tout à la fois connecte ces deux univers en même temps qu'il les sépare — grâce à sa dimension d'accueil des troubles de la ville. C'est à ce titre qu'il est un service urbain à part entière, comme tous les services qui offrent à la population la permanence d'un recours possible.
Banlieue nord-américaine
Catégorie : clinique géomentale
La rive-sud de Montréal, banlieue nord américaine où j'exerce actuellement, a elle aussi ses symptômes propres. Ils traduisent la vulnérabilité générale des banlieues face aux bouleversements qui depuis cinquante ans, universellement les frappent. Les défaillances et les effondrements individuels rencontrent des espaces résidentielles en rupture d'histoire, soumis aux aléas de leur image. La banlieue captive de ses représentations est devenu une TV Land, où la réalité rattrape parfois violemment les fictions.
Psychiatre : nouvelle assignation, agent spatial.
Catégorie : clinique géomentale
L'espace dont on parle ici, c'est l'espace tel qu'il est perceptible dans les pratiques humaines. De ce point de vue, les éléments qu'on va retenir, c'est essentiellement, dans un premier temps, les lieux et les trajets. Pour faire en sorte que cela soit bien clair, on se ramène à une expérience de l'abord d'une ville étrangère. On l'aborde généralement à partir d'un point fixe: un hôtel, une résidence d'ami, et, à partir de là, on va se donner des points de repères.
Quand la culture s’invite dans la clinique…
Catégorie : clinique géomentale
La baguette - adoucie par sa matière bois ou laque - s’oppose à notre couteau et à notre fourchette, elle refuse de couper, d’agripper, de mutiler, de percer, elle reconduit inlassablement le geste maternel de la becquée laissant a nos mœurs alimentaires armées de pics et de couteau de reconduire celui de la prédation. Roland Barthes. L'empire des signes

L'expérience de psychiatrie nomade dont je vous propose le récit est celle d'un échange transcontinental entre deux groupes de jeunes adultes ayant vécus au moins une décompensation psychotique, l'un venant de Normandie en France, l'autre d'Abitibi, au Québec, où je pratique. Avec deux intervenants qui comme l'ensemble du groupe n'avaient jamais voyagé en Europe, j'ai participé au cours des années 90 à l'organisation et à la réalisation de ce voyage proposé par l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Cette offre s'inscrivait dans les objectifs de notre groupe qui se réunissait chaque semaine depuis deux ans ; il visait à rompre l'isolement de ces jeunes urbains et à créer dans leur cité minière un réseau de solidarité capable de les mobiliser. Le projet a été accueilli avec enthousiasme par le groupe.
Les divers et nombreux articles contenus dans l'ouvrage que nous allons parcourir s’intéressent à l’espace. Un espace qui après quelques centaines d’années de quasi-éclipse dans la pensée occidentale revient sur le devant de la scène. Catastrophes naturelles, catastrophes écologiques, mondialisation sauvage, barbaries locales, le tout sur fond de futur incertain ou pour le moins hypothéqué, se relaient en temps réel dans l’espace différé et nomade de nos récepteurs numériques à domicile. Cette omniprésence des enjeux spatiaux hante l’imaginaire contemporain qui, de Cap Canaveral à Hollywood en passant par les sectes cherche une nouvelle utopie, un Autre cosmique rédempteur.
Récit d'un Noël de garde aux urgences psychiatriques de l'Hôpital Lariboisière, à Paris, au début des années 80. Quarante-huit heures au cours desquelles se succède la litanie des laissés pour compte. Le contact avec les exclus de la Cité - clochards, immigrants, pauvres, fugueurs, junkies - révèle le rôle déterminant que joue l'espace dans l'émergence et l'expression du trouble psychique, qu'il soit chronique ou sans lendemain. Au moment où les capitales deviennent des métropoles, les urgences, à fleur de ville, enregistrent les impacts individuels d'une géographie urbaine en pleine redéfinition.
Les premiers pas d'un praticien aux urgences ne sont pas sans péril. Tout menace de ruine un psychiatre : les passages rapides et divers des consultants, leur provenance et leur destination incertaines, la multitude des intervenants sur un même cas, avec leurs demandes contradictoires et la tonalité généralement sombre, parfois violente, de ces éphémères rencontres . Ainsi, face à des situations complexes, avec mutisme ou affaissement, flot verbal ou agitation, le psychiatre va devoir lentement se constituer sa propre grille d'approche.
J'ai passé les premières années de ma vie au 5e étage d'un immeuble de la banlieue parisienne. Du balcon, je regardais sur la route du cimetière passer quotidiennement les catafalques fleuris tirés par des chevaux diversement harnachés, puis les modernes corbillards plus ou moins clinquants. Dernier hommage d'une foule dense ou rachitique, ces cérémonies ont été rapidement sacrifiées au triomphe envahissant de l'automobile. Dans les métropoles, l'heure des enterrements express venait de sonner pour le commun des mortels, et les rites funéraires, hormis ceux réservés aux puissants, disparaissaient du domaine public.
A New York, ville pourtant familière avec toutes les peurs de la modernité, les prescriptions de somnifères et d'anxiolytiques grimpent, la population continue d'être inquiète. Tout semble à la fois pareil et différent. Le choc du 11 septembre et l'insécurité environnementale ont généré ce que les médias nomment une véritable psychose spatiale. Pour la psychiatrie contemporaine, cette réaction confirme l'influence grandissante des problématiques territoriales dans les modalités de production et d'expression du mental. La fragilisation du territoire nord américain démontre sous nos yeux et en temps réel comment l'espace peut être impliqué dans la production massive d'unités cliniques. Ce drame dévoile les qualités et l'impact d'un langage territorial dont nous mesurons depuis quelques années les effets de manière individuelle et isolée dans notre pratique psychiatrique.
Les urgences psychiatriques occupent une position singulière à la jointure de deux univers de référence : le réseau des équipements sanitaires, policier et d'assistance d'un côté; le soin psychiatrique dans la spécificité des troubles qu'il traite et des pratiques professionnelles qu'il met en oeuvre de l'autre. Le service des urgences psychiatriques tout à la fois connecte ces deux univers en même temps qu'il les sépare — grâce à sa dimension d'accueil des troubles de la ville. C'est à ce titre qu'il est un service urbain à part entière, comme tous les services qui offrent à la population la permanence d'un recours possible.
La rive-sud de Montréal, banlieue nord américaine où j'exerce actuellement, a elle aussi ses symptômes propres. Ils traduisent la vulnérabilité générale des banlieues face aux bouleversements qui depuis cinquante ans, universellement les frappent. Les défaillances et les effondrements individuels rencontrent des espaces résidentielles en rupture d'histoire, soumis aux aléas de leur image. La banlieue captive de ses représentations est devenu une TV Land, où la réalité rattrape parfois violemment les fictions.
L'espace dont on parle ici, c'est l'espace tel qu'il est perceptible dans les pratiques humaines. De ce point de vue, les éléments qu'on va retenir, c'est essentiellement, dans un premier temps, les lieux et les trajets. Pour faire en sorte que cela soit bien clair, on se ramène à une expérience de l'abord d'une ville étrangère. On l'aborde généralement à partir d'un point fixe: un hôtel, une résidence d'ami, et, à partir de là, on va se donner des points de repères.
La baguette - adoucie par sa matière bois ou laque - s’oppose à notre couteau et à notre fourchette, elle refuse de couper, d’agripper, de mutiler, de percer, elle reconduit inlassablement le geste maternel de la becquée laissant a nos mœurs alimentaires armées de pics et de couteau de reconduire celui de la prédation. Roland Barthes. L'empire des signes